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Un marché qui se comporte comme un émergent : le 10 ans dépasse 5,2 %

Sur Risk Reversal, Guy Adami et Elizabeth Thomas de SoFi décortiquent la flambée du 10 ans à un plus haut de 19 ans, le cycle de hausses de la Fed et l'indifférence apparente des actions face à l'alerte obligataire.

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Le marché obligataire d'une économie de 30 000 milliards de dollars se comportait comme celui d'un pays émergent. Le mouvement que l'animateur qualifiait d'historique, sans emphase, était enregistré un vendredi matin : les rendements du Trésor avaient bondi d'environ 20 points de base en deux jours, le 5 ans repassait au-dessus de 5 % pour la première fois depuis longtemps, et la moyenne de la courbe revenait elle aussi au-delà de 5 %. Le dernier tableau comparable datait de 2022, quand la Fed relevait ses taux et que l'inflation dépassait 9 % ; l'inflation n'est plus du tout à ces niveaux. Les deux invités en tirent la même conclusion : le décor a changé, il faut donc des outils neufs plutôt que de vieux réflexes.

La synthèse de CNBC jeudi a fixé les chiffres : le 10 ans a touché 5,223 %, au plus haut depuis juin 2007, le 30 ans a atteint 5,501 %, inédit depuis juin 2004, et le 2 ans est monté à 4,941 %. CNN signalait que le 10 ans avait pointé à 5,11 % mercredi, un record de 19 ans. Derrière la grimpée, des données d'activité solides, une inflation tenace, un pétrole en hausse et des messages faucons de la Fed, les marchés à terme tablant sur une nouvelle hausse en octobre à plus de 75 %, selon CNBC. Guy Adami le répétait depuis des mois : quoi que fasse le Trésor ou dise la Fed, les rendements monteraient. Il a acheté le 10 ans pour son propre compte près de 5 % et pourrait renforcer tant que la hausse continue.

La question gênante d'Adami a suivi : si l'on vous avait dit en janvier que le 10 ans camperait à 5,15-5,2 %, le brut vers 95 dollars et une guerre en cours depuis le printemps, où auriez-vous placé le S&P 500 ? Sa propre réponse tournait autour de 6 300 ; la réalité en est très loin. Yahoo Finance rapportait un Brent proche de 100 dollars avec une hausse d'octobre intégrée à près de 70 %. Le marché obligataire flaire donc la stagflation pendant que les actions poursuivent leur route, et ce décrochage est devenu la tension centrale de l'épisode.

Le cycle de hausses et l'histoire boursière

Elizabeth Thomas estime que la Fed n'avait aucune raison de se précipiter dans ce cycle de hausses. Une seule marche de 25 points de base ne brisera pas l'économie, dit-elle, mais la pression s'accumule ensuite, dans les recoins qui ne peuvent pas l'encaisser. Son vrai propos porte sur l'écart entre le marché et l'économie réelle : pendant que la Fed resserre, les segments fragiles peuvent plier tandis que les actions détournent le regard un moment. L'investisseur doit donc refuser de se verrouiller sur un seul indicateur.

L'un des graphiques les plus débattus affirme que les actions deviennent positives 12 mois après la première hausse. La compilation longue d'Investing.com montre un S&P 500 en hausse de 6,7 % en moyenne et de 10,7 % en médiane sur les 12 mois suivant une première hausse, avec 100 % d'occurrences positives à 12 mois. Adami ne conteste pas la moyenne mais élargit la question : que se passe-t-il au 16e mois, ou au 18e ? La première réaction à un cycle de hausses est généralement vendeuse, rappelle-t-il, et la volatilité mérite le respect.

Le versant théorique est net : quand le taux d'actualisation monte, quand l'ancre sans risque du 10 ans ou du 2 ans se déplace vers le haut, la valeur actuelle des bénéfices futurs, donc les valorisations actions , devrait baisser. Or les multiples continuaient de gonfler à bénéfices intacts. Thomas résout l'énigme par les méga-capitalisations et les dépenses d' intelligence artificielle : les plans d'investissement des géants technologiques ne consultent pas la forme de la courbe des taux , ils continuent de dépenser. L'investissement privé tiré par l'IA porte les attentes de croissance du troisième trimestre, si bien que l'obligataire price la morosité pendant que les actions voient encore des opportunités.

Le portefeuille en haltère

Adami décrit son propre portefeuille comme une stratégie en haltère : une extrémité chargée de logiciels, semi-conducteurs, cybersécurité et IA répartis sur les durations, l'autre garnie de 10 ans du Trésor, d'or et de matières premières. Presque rien au milieu. La logique est simple : le premier bout se nourrit d'exubérance, le second assure contre l'élargissement de l'inflation et les chocs géopolitiques. Son conseil : adapter cet équilibre à son propre portefeuille.

Dans la mauvaise branche de son arbre de décision, la guerre s'éternise, le pétrole reste au-dessus de 90 dollars et la Fed continue de relever pour empêcher l'inflation de contaminer chaque secteur, ce qui freine brutalement l'économie ; les chocs pétroliers ont historiquement précédé les récessions. Dans la bonne branche, la guerre s'apaise, le pétrole retombe et la Fed doit freiner ses hausses ; Adami affirme alors qu'il ne fallait jamais relever. Mais signaler des hausses avant de faire marche arrière coûte en crédibilité, si bien que même le bon scénario, favorable aux actions à court terme, n'est pas gratuit.

L'équation de l'or

Le débat sur l'or demandait quand la dégradation obligataire bascule de vent contraire en soutien du métal. Thomas juge que le vent technique souffle encore contre l'or à court terme : le prix campe sous sa moyenne mobile à 200 jours, agrippé aux lignes des 50 et 100 jours. L'or ne rapporte rien, personne ne l'achète pour son coupon tant que le 10 ans paie 5 % ; l'argument d'achat se forme du côté de la peur et de l'incertitude. Le second pilier, ce sont les achats des banques centrales : selon le World Gold Council, les achats nets du deuxième trimestre atteignent 289 tonnes, en hausse de 62 % sur un an, la Pologne ajoutant 51 tonnes pour porter ses réserves à 632 tonnes et la Chine 33 tonnes. La demande du premier semestre, 345 tonnes, reste pourtant la plus faible depuis 2022, tandis que des gestes comme le rapatriement néerlandais d'or détenu en France signalent un appétit durable.

Les banques sous pression

La séquence banques a été rude : le secteur a cédé environ 3 % en cinq jours, parmi les plus faibles. Le déclencheur, les propos prudents de Brian Moynihan, patron de Bank of America, à la conférence Barclays du 14 septembre, les premiers mots à tonalité négative en quinze ans de mandat, note l'animateur. MarketBeat rapporte que Moynihan citait des dépenses de consommation en hausse de 4 % en août, des salaires en progression de 3 à 4 %, une croissance des prêts commerciaux à un chiffre élevé, des commissions de banque d'investissement de 1,6 à 1,8 milliard de dollars et une croissance du revenu net d'intérêts de 7 à 8 %. Le marché n'a pas applaudi, car une Bank of America qui prête long et se finance court voit sa marge nette d'intérêts écrasée quand la courbe s'aplatit à 18-19 points de base sur le 2-10 ans. Le ralentissement du flux de deals chez Goldman Sachs et le report à 2027 de l'introduction d'OpenAI ont alourdi la pression. Thomas fait des financières le signal de confirmation du marché, et leur repli après l'industrie peut signifier que l'élargissement marque une pause.

Saison électorale

La fin d'émission a couvert le calendrier des midterms : volatilité et mollesse avant le scrutin historiquement, soulagement une fois le résultat connu, la santé et la consommation de base tenant déjà bon. La note saisonnière d'AdvisorPerspectives fait du quatrième trimestre de midterm la plus forte séquence de trois mois du cycle de quatre ans. À l'ordre du jour, le carburant : spéculations sur un contrôle de la courbe par le Trésor, rumeurs d'interdiction d'exporter du diesel et bruit d'une grève des routiers en octobre. L'animateur, citant l'article de Mario, avertit qu'une interdiction du diesel relancerait probablement l'inflation au lieu de la réduire ; avec des électeurs furieux des deux côtés, la volatilité s'annonce durable dans les gros titres.

Visualization: nodesdaily AI

Moments clés

  1. Mouvement obligataire historique : l'analogie émergente
  2. Le pronostic d'Adami et son achat de 10 ans
  3. Le paradoxe du S&P 6300 et l'énigme du taux
  4. Portefeuille en haltère et scénarios de décision
  5. Graphiques à 12 mois et l'objection du 16e mois
  6. Or, banques centrales et niveaux techniques
  7. Banques, Moynihan et calendrier des midterms

Commentaire de l’IA

"La force de cet échange est de ne jamais parier sur une seule prévision : l'avertissement obligataire, l'euphorie des actions et un cadre de portefeuille capable de porter les deux cohabitent. L'auditeur repart avec une grille de décision, pas seulement des chiffres."

Évaluation de l’IA

Le contre-argument mérite d'être entendu : les baissiers obligataires peuvent aussi se tromper. Si les récits d'offre excédentaire et de déficit s'avèrent exagérés, ou si la Fed adoucit sa communication, la courbe peut se normaliser vite et les acheteurs au-dessus de 5 % seront gagnants. Le regret de ceux qui ont raté le rebond obligataire post-2022 en est la preuve vivante, et le récit par Adami de son propre achat fait partie de ce positionnement.

L'épisode a aussi ses angles morts. La dimension mondiale, la vente des obligations japonaises et européennes signalée par CNBC avec des JGB au plus haut depuis 1996, n'a jamais été évoquée. Bilans d'entreprises, spreads de crédit et dette des ménages sont restés hors champ. L'affirmation sur le diesel repose sur un seul article ; lire une rumeur politique comme une donnée égare.

La position des intervenants doit être intégrée. Adami est un acteur de marché qui raconte sa propre position sur le 10 ans et son portefeuille chargé en IA ; Thomas parle en stratège à l'audience retail de SoFi. Risk Reversal, en tant que format média, aime les titres tranchants, et l'épisode contenait une promotion pour un entretien avec Tony Robbins. Rien de tout cela ne rend l'analyse fausse, mais dosez-la en sachant qui parle à qui.

Le message pratique tient en trois lignes : ne faites jamais aveuglément confiance à un seul graphique, gardez l'optimisme du 12e mois et le risque du 18e dans le même cadre ; laissez place à l'euphorie comme à la peur avec des structures à deux bouts, échelles et haltères ; conservez un matelas de liquidités contre la volatilité électorale. Une ère différente veut des outils différents, et qui arpente un terrain neuf avec une vieille carte s'égare.

Sources

8 liens ; 2 d’entre eux sont aussi cités par 2 autres articles. Stories sharing a link do not confirm each other; a source's origin is not inferred from how often it is cited.

obligations · fed · taux · or · banques · récession

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